1926-1939 : Josephine Baker, star de Paris
Josephine célébrée
Par l'impact de la Revue Nègre, la notoriété de Josephine s'en trouva accrue et elle devint la muse de bon nombre d'artistes. Josephine était devenue l'incarnation du modernisme primitiviste, l'art nègre des cubistes en chait humaine et dénudée. A Montparnasse et Montmartre, elle rencontra le Tout-Paris artistique. La Rotonde et surtout la Coupole, l'établissement le plus huppé du quartier, fourmillait de célébrités. Elle y envoûta les maîtres de l'époque : le peintre Foujita la supplia de lui accorder une séance de pose. Elle posa pour Picasso, Van Dongen et Horst, nue pour Dunand, et Man Ray la photographia.
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Dunand, Josephine Baker, 1926.
Le cubiste Henri Laurens la représenta dansant le charleston. En 1926, Alexandre Calder fit d'elle une caricature en fil de fer ainsi que plusieurs sculptures.
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Alexandre Calder, Josephine Baker, 1928.
Le plus célèbre portrait de Josephine est un nu de Jean-Gabriel Domergue ; elle est assise, se penchant en avant, les lèvres moites, une fleur blanche dans les cheveux. Le tableau, qui était d'abord exposé au Grand Palais à Paris, fut reproduit en cartes postales.
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Jean-Gabriel Domergue, The black venus : Josephine Baker, 1928.
Les écrivains rendirent hommage à Josephine. Francis Scott Fitzgerald la mentionna dans une de ses nouvelles, Retour à Babylone ; Charles Wales, son personnage, assistait en effet à ses "arabesques de chocolat". Maurice Sachs l'évoqua dans son ouvrage Au temps du Boeuf sur le Toit, qui raconte la vie mondaine de l'auteur sous forme de journal : "Charleston : C'est Joséphine Baker qui l'a lancé avec les nègres au music-hall des Champs Elysées. Cat's Wisker. Ce charleston universel a remplacé le blues et le shimmy." Colette la qualifiera de "plus belle panthère" et Erich Maria Remarque en parlera comme celle qui "a apporté le souffle de la jungle, la force et la beauté élémentaires, sur les scènes fatiguées de la civilisation de l'ouest". Et ce fut Josephine qui inspira à Paul Morand son roman Magie Noire. Morand voyait Josephine comme une machine à danser, alimentée par une énergie primitive. Elle répondait à sa conception de l'infatigable sauvage, emplie de joie et dont l'esprit est dépourvue de complications.
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Couverture originale du roman de Magie Noire de Paul Morand, 1928.
Le plus bel hommage rendu à la Revue Nègre et à Josephine dans le Paris des Années Folles fut accompli par Paul Colin qui s'empara des danseurs pour réaliser une série de dessins où il jouait sur la force et le dynamisme des couleurs. Quarante-cinq lithographies furent rassemblées dans un album nommé Tumulte Noir et édité en 1927. Deux préfaces de Rip et Josephine présentaient l'effet ensorcelant et libérateur du Tumulte Noir sur le Tout-Paris, en particulier sur les célébrités du théâtre et du music-hall. Les cinq dessins suivants formaient une transition centrée sur les artistes qui créèrent le Tumulte Noir, les présentant à la fois sur scène et dans les minuscules boîtes de Montmartre, où ils se retrouvaient après les spectacles. Colin y traduisait toutes les qualités des danseurs : la liberté et la souplesse des poses, la spontanéité et l'énergie rythmique. Outre ces lithographies, Colin signa une grande quantité de dessins et de pastels de Josephine, inspirés eux aussi par les formes cubistes de l'art africain.
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Lithographies tirées du Tumulte Noir de Paul Colin, 1927.
Josephine aux Folies Bergère
A Paris, le music-hall entra dans son âge d'or au cours des années vingt. Les décors étaient devenus somptueux, les costumes étaient souvent faits avec le même soin que les vêtements des grands couturiers, et les spectacles s'amélioraient sous l'influence du jazz qui donnait désoemais à la danse la place privilégiée autrefois réservée au chant et à l'exhibition statique du corps. Les Folies Bergère faisaient partie de ce rêve. Paul Derval, leur directeur depuis 1919, les avaient rendues célèbres dans le monde entier en en faisant un synonyme de grivoiserie. La vedette aux Folies était considérée comme la cheville ouvrière dont tout dépendait. D'après Derval, elle décidait dès son entrée de l'ambiance de la soirée. Par ailleurs, Derval était responsable d'une redoutable organisation aux Folies Bergère : il y avait les musiciens, les machinistes, les costumiers , les habilleuses, les accessoiristes, les électriciens, les brodeuses et perlières, les modistes, les bijoutiers, les spécialistes des traînes, des éventails et des coiffures à plumes, les charpentiers, les peintres, les ferroniers, les vendeurs de billet, les ouvreuses, les administrateurs. Enfin, Derval se montrait très superstitueux quant au titre de ses revues : chacun d'entre eux devait consister en treize lettres et comporter le mot "folie".
La revue dans laquelle Josephine fit ses débuts, en 1926, s'intitulait "la Folie du Jour". Josephine entrait en scène dans une lumière crépusculaire, marchant à reculons et à quatre pattes, bras et jambes tendus, le long de l'épaisse branche d'un arbre peint, dont elle descendait ensuite comme un singe. Un explorateur blanc dormait au-dessous, au bord d'une rivière. Des noirs presque nus jouaient du tam-tam et chantaient à voix douce. Elle-même ne portait rien qu'une ceinture de bananes en peluche. Ce constume, auquel elle resterait pratiquement identifiée jusqu'à la fin de sa vie, ne manquait pas de piquant, surtout lorsqu'elle se mettait à danser et que les bananes s'agitaient, évoquant des phallus pleins de naturel et de gaieté. Elle exécutait sa danse sauvage de la Revue Nègre, mais cette fois en solo et dans un décor réaliste qui représentait la jungle africaine. C'était le tableau Fatou.
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Le célèbre tableau Fatou de la revue "la Folie du Jour" de 1926
La jungle revenait une heure après son premier numéro, lorqu'une énorme boule couverte de fleurs desendait lentement sur le plateau et s'ouvrait pour révéler Josephine, vêtue maintenant d'une ceinture d'herbes et le cou entouré de plumes. Elle se lançait dans un charleston affolé. Les lumières réfléchies par le miroir projetaient l'ombre multiple de sa silhouette sur le rideau de fond et autour de la salle, de sorte qu'on avait l'impression de voir danser six versions de son ombre. Selon de nombreux comptes rendus, c'était le plus grand moment du spectacle. Même si le spectacle dans son ensemble amena les critiques d'un groupe antipronographique, Josephine Baker s'attira de nouveaux admirateurs.
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Tableau de la revue "la Folie du Jour" de 1926
(Josephine est au premier rang, la troisième en partant de la gauche)
C'est d'ailleurs durant cette saison qu'elle rencontra un homme capital pour sa carrière : Giuseppe Abatino, surnommé Pepito. Réputé être un gigolo, il rencontra Josephine et cette dernière discerne dans ses yeux une certaine intelligence. Il avait dix-sept ans de plus qu'elle mais cela avait peu d'importance.
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Josephine et Giuseppe Abatino dit Pepito
Il se mit tout de suite à la tâche pour elle, passant un marché pour la pommade capillaire Bakerfix. Il décrocha un contrat de film et encouragea le projet de rédaction de ses souvenirs par Marcel Sauvage. Il l'aida même à ouvrir son premier club à Paris, "Chez Joséphine", rue Fontaine, en décembre 1926. Elle dansait tous les soirs "Chez Joséphine", où elle arrivait à une heure du matin après la représentation des Folies Bergère. Elle était devenue la Baker et son nom ne se prononçait plus qu'à la française.
En avril 1927, Josephine fut la vedette du nouveau spectacle des Folies Bergère. Les numéros comiques avaient complètement disparus. Le spectacle était uniquement visuel, avec des changements de tempo soigneusement calculés. L'une des innovations de la revue était l'emploi d'un film : tandis que Josephine dansait un black bottom, on projetait un film d'elle dansant un black bottom. Pour Josephine, le spectacle des Folies était guère différent de l'année précédente : dans une scène intitulée "Plantation", on la voyait dans une tenue déguenillée semblable à celle qu'elle portait dans la Revue Nègre. Une nouvelle fois, on la voyait avec une ceinture de banaes, mais plus anguleuses et pailletées.
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Josephine et sa nouvelle ceinture de bananes aux Folies Bergère en 1927
Josephine la scandaleuse à travers le monde
Après un premier film désastreux, "La Sirène des Tropiques", Josephine prit conscience avec Pepito que sa popularité s'essoufflait et qu'un changement s'imposait. Pepito avait son idée là-dessus et Josephine l'adopta aussitôt : une tournée mondiale qui devait commencer en mars 1928. Avant de quitter Paris, elle organisa une représentation d'adieu salle Pleyel en janvier 1928.
Vienne était la première étape de la tournée européenne de Josephine, et avant même qu'elle n'y arrive, une opposition s'était organisée contre son spectacle. Elle fut la cible d'un groupe estudiantin de droite qui annonça son intention d'empêcher les artistes de couleur de se produire à Vienne. Les étudiants étaient également furieux de l'argent que gagnait Josephine, et qui, selon eux, aurait mieux fait d'aller aux Autrichiens. Enfin, il y avait une question de moralité : ils avaient entendu qu'elles se montrait pratiquement nue et que ses danses étaient obscènes. Ces étudiants eurent l'appui de l'Eglise catholique. Tout ce raffut fit de l'arrivée de Josephine à Vienne un grand événement. Pour avertir les gens du péril que constituait Josephine, les cloches de Saint-Paul et d'autres églises se mirent à sonner. Pepito, pour qui c'était autant de publicité, était enchanté. Les groupes conservateurs se révélèrent assez puissants pour obtenir du conseil municipal qu'il empêche Josephine de se produire comme prévu au théâtre Ronacher. Pepito trouva un théâtre plus petit, le Johann Strauss. Cependant, loin de se calmer, l'opposition s'adressa au Parlement afin qu'il interdise l'exhibition de Josephine. Les députés consacrèrent un après-midi à discuter de la perversité du numéro et à échanger des commentaires le plus souvent défavorables sur son corps et sur sa couleur. Néanmoins, Josephine allait danser. Aussi l'église Saint-Paul, qui se trouvait à côté du théâtre, annonça un office de trois jours en expiation des outrages à la moralité commis par la danseuse. Le soir de la première, on fit à nouveau sonner les cloches dans le vain espoir de détourner le public du péché. La soirée se passa sans incident et les applaudissements ne manquèrent pas.
Lorsqu'elle quitta Vienne pour poursuivre sa tournée en Hongrie, en Yougoslavie, au Danemark, en Roumanie, en Tchécoslovaquie et en Allemagne, Josephine continua de susciter la controverse. A Budapest, elle dut exécuter devant le ministre de l'Intérieur et un comité de censeur pour qu'on lui accorde officiellement le droit de se produire. A Prague, elle dut se réfugier sur le toit de sa voiture. En 1929, à Munich, la police interdit son spectacle sous prétexte qu'elle pouvait provoquer des désordres et corrompre les moeurs. En Argentine, on la considérait également comme une âme perdue, un objet de scandale, un démon d'immoralité. Ainsi, durant ses voyages animés, Josephine parlait beaucoup de la haine et de l'amour au niveau international. De là vint l'idée à Pepito d'écrire avec Felix de la Camara le roman Mon sang dans tes veines. Pendant deux ans, Josephine et Pepito ne rentrèrent à Paris que pour de brefs séjours. Ils allèrent en Autriche, en Hongrie, en Roumanie, en Italie, en Espagne, en Allemagne, au Danemark, en Suède, en Norvège, en Hollande, en Argentine, au Chili, en Uruguay et au Brésil. Si tout le monde ne vit pas Josephine en chair et en os, tout le monde ou presque vit ses affiches. Les journaux parlaient d'elle et publiaient sa photographie. Ses enregistrements se diffusaient dans toute l'Europe et ses Mémoires furent traduites en allemand, en espagnol, en italien.
La nouvelle vedette du Casino de Paris
Dans les années trente, le Casino de Paris était le music-hall le plus respectable de Paris. L'accent y était mis sur le chant et la danse plus que sur l'exhibition de la chair. Henri Varna, directeur de la salle, engagea Josephine pour mener la revue de la saison 1930-1931 et lui acheta un léopard. La vedette et son animal nommé Chiquita devinrent inséparables. Chiquita constituait un accessoire vivant soulignant l'élégance sauvage de Josephine.
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Josephine et Chiquita en 1930
La revue était intitulée "Paris qui remue". L'illustrateur Zig réalisa les affiches et les couvertures de programme. L'image qu'offre Baker - où le léopard, assis, lui tend un bouquet enrubanné - est représentative de sa complète transformation de nouveauté noire en vedette parisienne de music-hall.
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Couverture du programme de la revue "Paris qui remue" dessinée paz Zig en 1930
La saison de la revue "Paris qui remue" tombait en même temps que l'Exposition Coloniale, et cette gigantesque célébration de l'empire colonial français servait de thème au spectacle. La revue évoquait la Martinique, l'Algérie, l'Indochine, l'Afrique équatoriale et Madagascar. D'ailleurs, dans ce spectacle, la première chanson de Josephine est "La Petite Tonkinoise" qui parle de l'amour que porte une Vietnamienne au colon français dont elle est la maîtresse. La chanson n'était pas nouvelle (Vincent Scotto l'avait composée pour Polin en 1905) mais elle était par trop appropriée à la situation pour qu'on ne la ressorte pas l'année de l'Exposition coloniale. Cependant, Scotto écrivit spécialement pour Josephine une chanson destinée à "Paris qui remue", et celle-ci devint sa chanson par excellence : "J'ai deux amours". Josephine rappelait au public à la fois son statut exotique d'étrangère et son attachement à sa ville adoptive. Elle prenait le risque de chanter et tout le monde adora. La revue du Casino de Paris fut appréciée par la critique autant que par les spectateurs, que Josephine attira en plus grand nombre que Mistinguett.
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Affiche publicitaire pour la revue "Paris qui remue" dessinée par Zig en 1930
Avec ce succès, une nouvelle revue fut montée au Casino de Paris pour Josephine en 1932 : "la Joie de Paris".
Josephine Baker et l'opérette
A l'automne 1934, Josephine connut un brillant succès dans le rôle vedette de "la Créole" d'Offenbach. Il s'agissait pour elle d'un nouveau défi. Elle n'avait jamais jusqu'ici joué dans un théâtre parisien autre qu'un music-hell, et jamais elle n'avait chanté d'opérette. Son rôle était celui d'une Jamaïquaine, fille d'un Anglais et d'une indigène, qui, séduite et abandonnée par un marin français, suit celui-ci en France. La plupart des critiques convinrent que l'opérette était ratée et ne valait d'être vue que pour Josephine. Mais cette dernière était si bonne que, des mois durant, le Théâtre de Marigny, près des Champs Elysées, ne désemplit pas.
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Josephine dans "la Créole" d'Offenbach en 1934
Josephine actrice
Avant d'entamer une carrière cinématographique, Josephine avait été filmée plusieurs fois, notamment pour les Actualités Gaumont suite au succès de la Revue Nègre, puis lors de ses spectacles de 1926 et 1927 aux Folies Bergère.
Mais c'est Maurice Dekobra qui lui met le pied à l'étrier en l'engageant pour son film "La Sirène des Tropiques". Le film, muet, fut tourné au cours de l'été 1927 dans la forêt de Fontainebleau, l'essentiel de l'action étant sensée se passer aux Antilles... Le fil conducteur de cette fiction était assez badine : une innocente jeune-fille des tropiques aboutit à Paris, où elle danse et se transforme en femme élégante grâce aux vêtements qu'elle porte. Le film ne fut jamais un chef d'oeuvre. Pour Josephine, ce fut une humiliation.
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Josephine dans "La Sirène des Tropiques" en 1927
Les deux principaux films que tourna Josephine dans les années trente, "Zouzou" en 1934 et "Princesse Tam-Tam" en 1935, furent créés comme des moyens de propagande à son profit. "Zouzou", comédie romantique légère, avait pour autre vedette Jean Gabin. Josephine, dans le rôle d'une blanchisseuse, est consacrée à Paris. Ce nouveau film laisse ainsi encore croire que la parisianisation est possible : les carrières sont ouvertes au talent. Si Josephine avait détesté "La Sirène des Tropiques", elle adorait "Zouzou", qu'elle identifiait à l'histoire de sa vie.
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Josephine et Jean Gabin dans "Zouzou" en 1934
Dans "Princesse Tam-Tam", même histoire de métamorphose dans un décor nord-américain, un romancier français blasé rêve de faire d'une gardienne de chèvres tunisienne une femme éblouissante qu'il puisse emmener à Paris. Le rêve se réalise mais pour finir, de retour dans son pays après son prodigieux voyage, la petite Nord-Africaine épouse le domestique du romancier et le romancier retrouve sa femme.
Le fiasco des Ziegfeld Follies
Après avoir passé dix ans en France, conquis et reconquis Paris, fait ses preuves sur l'écran aussi bien que sur scène, Josephine avait envie de retourner sans son pays et de briller à Broadway comme aux Champs-Elysées. Ainsi, elle participerait aux Ziegfeld Follies de 1936. Les Ziegfeld Follies étaient, aux Etats-Unis, ce qui se rapprochait le plus des revues parisiennes. Des répétitions intensives avaient été prévues pour ce très sompteux spectacle. Les numéros prévus pour elle à l'origine étaient du genre de ce que faisaient les noirs depuis quelques années sur les scènes new-yorkaises. Mais lorsque le metteur en scène, John Murray Anderson, vit Josephine en répétition, il changea d'idée, mesurant à quel point elle avait changé depuis son départ. Son premier numéro était une danse endiablée du style conga qui descendait en ligne droite de ce qu'elle avait fait à Paris. De même que le costume qu'elle portait : une version stylisée de sa fameuse ceinture de bananes, mais où les bananes étaient remplacées par des défenses.
Les critiques furent accablantes. Dans la salle immense du Winter Garden où se produisaient les Follies à New York, on entendait difficilement sa voix. Le Time fut très dur : "Josephine Baker est la fille d'une laveuse de linge de Saint Louis qui est sortie d'une revue nègre burlesque pour connaître soudain à Paris une vie d'adulation et de luxe durant le boom des années vingt. Du point de vue de l'attrait sexuel, pour les Européens blasés genre amateurs de jazz, une fille nègre a toujours une longueur d'avance. La nuance fauve particulière de la peau nue de la grande et filiforme Josephine Baker a fouetté le sang des Français. Mais pour les spectateurs de Manhattan qui l'ont vue la semaine dernière, ce n'était qu'une jeune négresse aux dents de lapin dont le corps ne valait pas mieux que celui de tant d'artistes de cabaret, et qui pour la danse et le chant, se serait fait évincer pratiquement partout en dehors de Paris." (Time, 10 février 1936).
C'était comme artiste, non comme artiste noire, que Baker voulait s'imposer aux Etats-Unis. Mais la chose n'était pas possible. On la priait d'utiliser l'entrée de service de son hôtel ; on lui refusa même l'entrée d'un cabaret. Ces rebuffades lui étaient très pénibles. Quoi qu'il en soit, elle tenait Pepito responsable du fiasco des Follies. Pepito la laissa à New York et rentra seul à Paris. Josephine ouvrit un cabaret où elle se produisait après son travail aux Follies. L'endroit était en fait un restaurant chic, le Mirage, qui fonctionnait comme tel la première partie de la soirée avant de devenir "Chez Josephine Baker". Le club fut un succès. Seulement, Josephine apprit peu de temps après la mort de Pepito, foudroyé par un cancer eu printemps 1936. Ayant compris qu'elle n'avait pas sa place aux Etats-Unis, elle préféra revenir se réfugier à Paris.
Tandis qu'elle était encore aux Ziegfeld Follies, Paul Derval, le directeur des Folies Bergère, vint lui proposer de mener la prochaine revue. Une nouvelle Exposition Universelle devait avoir lieu en 1937, et les Folies comptaient profiter des foules qu'elle attirerait à Paris. Le spectacle devait commencer en automne 1936.
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Affiche publicitaire de Michel Gyarmathy pour les Folies Bergère en 1936
Par ailleurs, Josephine se maria avec Jean Lion, courtier en sucre, riche et mondain, en novembre 1937. En se mariant, elle obtenait la nationalité française. Autrement, sa vie ne changea guère. Quatorze mois après le mariage, elle déposait une demande de divorce. Le juge qui, en 1942, finit par l'accorder, déclara qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion d'apprendre à se connaître.