1954-1968 : Les Milandes, siège de la tribu Arc-en-Ciel
Une succession d 'adoptions
Josephine avait dans l'idée depuis quelque temps d'adopter quatre enfants - un noir, un blanc, un jaune, un rouge - qui seraient élevés aux Milandes et constitueraient le coeur de son domaine, les Milandes. Elle connaissait déjà le nom qu'elle donnerait à sa famille : la tribu Arc-en-Ciel. Si Josephine avait connu une enfance difficile à Saint Louis, elle était décidée de donner le meilleur à ses bambins, de les choyer et de les dorloter.
Josephine adopta son premier enfant au Japon lors de la tournée qu'elle y fit au printemps 1954. Il avait près de deux ans et s'appelait Akio.
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Josephine présentant à la presse son premier enfant, Akio, en 1954
Elle adopta lors de ce même voyage un autre enfant : Tenuya, qui sera renommé Janot. Josephine était constamment en tournée et, à partir de 1954, ramena des enfants de ses voyages un peu comme on ramène des souvenirs. Pour son enfant blanc, elle alla en Scandinavie d'où elle ramena Jari. En Colombie, elle trouva Luis, un petit noir. Josephine avait désormais quatre enfants : deux orientaux, un blanc et un noir. Jari était protestant, Akio bouddhiste, Luis catholique et Janot shintoïste. Elle adopta en France Jean-Claude, catholique, puis Moïse, juif. Pour Jo Bouillon, le nombre de six enfants était plus que suffisant. Josephine ne l'entendait pas de cette oreille. Ainsi, chaque nouvelle adoption provoquerait une dispute dans le couple. Des cyniques prétendaient qu'elle se servait de ses enfants pour sa carrière et sa popularité. Quoi qu'il en soit, ses enfants coûtaient cher, d'autant plus que Josephine fit venir des Etats-Unis sa mère, Richard son frère, Margaret sa soeur et Elmo Wallace le mari de cette dernière.
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Josephine et sa mère, attentive aux nouveaux venus de la tribu Arc-en-Ciel
De sa tournée en Afrique du Nord de 1956, Josephine ramena deux enfants, un garçon et une fille : Brahim, musulman, et Marianne, catholique. Un an plus tard, d'une autre tournée en Afrique, elle ramena Kofi, un Ivoirien. En 1959, elle adopta un petit Indien du Venezuela prénommé Mara. La même année, à Noël, elle ramena André renommé Noël. Comme douzième et dernier enfant, elle adopta encore une fille, née en France, Stellina. La tribu était au complet.
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Jo Bouillon et une partie de la tribu Arc-en-Ciel dans les années cinquante
Mais, en plus des enfants qu'elle se destinait, Josephine revint un jour à la maison avec un bébé pour sa soeur : Rama.
Le début des problèmes financiers
La "capitale de la fraternité" de Josephine coûtait de plus en plus d'argent. A la fin des années cinquante, période la plus faste des Milandes, le domaine accueillait 300 000 visiteurs par an. Mais Josephine ne sut jamais gérer l'argent. De plus, "Jo et Jo" étaient rarement d'accord sur la façon dont il fallait gérer le domaine. Aussi Bouillon décida-t-il de se séparer de son épouse. Installé d'abord à Paris en 1960, il partit pour Buenos Aires et y ouvrit un restaurant français. Après son départ, les dettes des Milandes devinrent encore plus importantes.
Les années soixante constituèrent la période la plus troublée dans la vie de Josephine Baker. Séparée de Jo Bouillon, écrasée par les dettes, courant les cachets à Paris et en tournée, elle se sentait perdue. Elle n'en oubliait pas pour autant son combat pour l'égalité et la fraternité des peuples. A ce titre, elle participa en 1963 à la "Marche de Washington" qui fut l'un des grands moments de sa vie. Le but déclaré de la manifestation était d'obtenir davantage d'emplois et de liberté pour les noirs. Josephine y portait son uniforme de l'armée et faisait partie des officiels sur l'estrade. Ce retour aux Etats-Unis lui permit de se produire au Carnegie Hall de New York la même année, puis au Strand et au Brooks Atkinson Theater où elle triompha.
Josephine Baker ou l'extravagance scénique
Comme l'écrit Phyllis Rose dans sa biographie de Josephine, "pour bon nombre d'admirateurs, Josephine Baker, la vraie, date d'après 1950. [...] La femme totalement fabriquée, chantant dans un micro de strass, portant des robes et des coiffures ahurissantes, le visage couvert de paillettes". Josephine portait des tenues exagérément féminines, tout en courbes et agrémentées de plumes. Elle mettait des paillettes sous les yeux pour cacher ses poches, mais aussi sur les lèvres. Sa présence était toujours plus forte sur scène et sa voix n'avait jamais atteint une telle puissance.
Josephine se produisit régulièrement à l'Olympia à Paris, en 1956, 1959, 1964 et 1968.
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Josephine à l'Olympia en 1964
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Josephine avec Henri Varna et Paul Colin dans les coulisses de l'Olympia en 1964
Elle poursuivit également ses tournées en Europe, notamment en Scandinavie qui lui faisait bon accueil. Pourtant, au temps du rock n'roll, Josephine était considérée comme une has-been. Le temps de revues, des plumes, des strass et des paillettes paraissait bien loin et la ceinture de bananes était devenu une image muséifiée. Pourtant, elle gardait son fidèle public, convaincue qu'il ne l'abandonnerait jamais dans l'oeuvre des Milandes. C'est auprès de son auditoire qu'elle trouvait le plus grand réconfort.
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Josephine en Scandinavie à la fin des années soixante
1959 symbolisa un come-back prodigieux pour Josephine. Elle se produisit à l'Olympia dans sa nouvelle revue "Paris mes amours". Le spectacle fut un véritable succès et fut présenté aux Etats-Unis sous le titre "The fabulous Josephine Baker". Elle y interprétait de toutes nouvelles chansons, enregistrées sur le label RCA, et ses costumes étaient extraordinaires. Le scénario de la revue, lui, inaugure une trame constamment reprise par l'artiste : l'évocation chronologique de sa carrière, de la Revue Nègre à la guerre en passant par les Folies Bergère et le Casino de Paris.
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Josephine dans "Paris mes amours" à l'Olympia en 1959
Des menaces de vente répétées, annonçant la fin des Milandes
En février 1964, le domaine était sur le point d'être vendu pour rembourser deux millions d'anciens francs de dettes. Brigitte Bardot, alors au sommet de sa gloire, lança à la télévision un appel de fonds pour sauver les Milandes. La vente fut ainsi suspendue. Néanmoins, certains détracteurs prirent mal l'appel de Bardot : était-ce légitime d'appeler à aider des enfants élevés dans un château ?... En juillet 1964, alors que Josephine se battait pour sauver les Milandes, elle eut une première crise cardiaque. En octobre, elle eut une autre petite attaque. La gestion du domaine était la cause de l'épuisement de Josephine, mais pas la seule ; les enfants étaient devenus des adolescents et causaient beaucoup de soucis.
Durant toute la dernière partie des années soixante, les Milandes furent sans cesse menacés de confiscation par des créanciers et sauvés en dernière minute grâce aux efforts de Josephine ou de ses amis. Certaines personnes connaissant la situation estimaient qu'elle aurait pu conserver le domaine à condition de vendre une partie des terres, ce à quoi elle se refusait.
En 1968, Josephine se retrouva sur la scène de l'Olympia pour sauver les Milandes, avec l'aide de Bruno Coquatrix et de la firme de disques Pathé Marconi qui édita un 33 tours spécial pour l'occasion. Dalida vint la voir et la soutenir dans son combat.
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Josephine à l'Olympia en 1968
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Josephine et Dalida dans les coulisses de l'Olympia en 1968
Elle profita d'être à Paris durant les troubles de mai 1968 pour participer à la marche de soutien à de Gaulle. Le domaine des Milandes, lui, avait été vendu au début de l'année, mais Coquatrix avait réussi à obtenir que la vente soit annulée, et l'on avait donné à Josephine jusqu'à mai pour rembourser une dette qui approchait du demi-million de dollars. Une deuxième vente eut donc lieu en mai, rapportant beaucoup moins que ne valait la propriété et Coquatrix ne put cette fois-ci l'annuler. Néanmoins, Josephine pouvait toujours profiter du château jusqu'au printemps 1969. C'est ainsi qu'elle s'y barricada, décidée à ne pas abandonner son domaine, pendant que ses enfants étaient à Paris. Elle fut expulsée violemment par des hommes engagés par le propriétaire et termina sur le perron de la cuisine en chemise de nuit, à coté d'un amas de détritus.
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Josephine expulsée des Milandes en 1969